La vallée oubliée

Traversé de la petite vallée enclavée du Celé

Publié le 05 janvier 2022 :: Temps de lecture : 04:00 mn

La vallée oubliée

La descente du plateau de l’Aubrac me fait gagner une saison, me voilà au printemps ! Finis les tempêtes de neige, la glace et le froid. Les timides rayons de soleil et le redoux des températures mènent à ma première observation de serpent, la magnifique Couleuvre verte et jaune en thermorégulation sur un muret. J’en profite pour lui dresser le portrait avant de repartir discrètement sans la déranger durant son bain de soleil.

Couleuvre verte et jaune thermorégulant sur sa pierre, une aubaine pour un photographe !

Une fois arrivée à Figeac, j’ai trois possibilités : continuer sur le chemin officiel, partir au Nord en direction de Rocamadour ou prendre la direction de la vallée sauvage du Celé. Il ne m’aura pas fallu longtemps pour me décider, je pars à la découverte de la vallée oubliée !

La toute première nuit est agitée et la vallée tient toutes ses promesses. Le début de la soirée est d’abord rythmé par le passage des sangliers. Puis au beau milieu de la nuit, je suis réveillé par des sons de plongeons à répétition dans le plan d’eau à quelques dizaines de mètres de ma tente. Je m’imagine alors un duo de Loutres d’Europe chassées... je finis par me rendormir.

Le lendemain, je monte sur le causse d’où la vue est saisissante. De tout là-haut, je vois le sinueux Celé traversé la vallée avec le village médiéval de Espagnac Sainte-Eulalie construit à ses abords. J’aime tellement ce lieu que je finirais par faire demi-tour plus tard dans la journée pour y dormir.

Au bord de cette falaise de laquelle je me sens si bien, j’observe le Circaète Jean-le-Blanc, un rapace spécialiste de la chasse aux reptiles, le Coucou gris souvent entendu mais difficilement observable et un Faucon qui porte le même nom que moi : le pèlerin. Je me lève avant l’aube pour m’installer dans un buisson avec pour idée de photographier une de ces espèces aux premières lueurs du jour. Malheureusement, ce matin-là je fais chou blanc après 3h d’affût quasi immobile, c’est le jeu ! J’accepte et je repars en direction des hauteurs de Saint-Sulpice.

Juvénile Circaète Jean-le-Blanc photographié un peu plus loin sur le chemin

Par la suite, le chemin me mène au village de Sauliac-sur-Célé qui restera un des plus atypiques que j’ai pu traverser durant mon pèlerinage. Certaines de ses bâtisses sont ancrées dans la falaise avec ses cheminées laissant de grandes traînées noires sur la roche. J’y croise un habitant étonné de ma présence sur le chemin durant cette période de confinement. En bon français, il me félicite de ma désobéissance et m’encourage à poursuivre mon rêve éveillé.

Si cette partie du parcours m’a autant marqué c’est aussi que ce fût un lieu idéal pour observer un rapace légendaire, présent dans notre pays que depuis quelques dizaines d’années : l’Elanion blanc. Cet oiseau est originaire du Maghreb et de la péninsule ibérique d’où ses populations se sont développées dans le sud-ouest de la France. Chez nous, il côtoie les grandes plaines dégagées et les lisières forestières proches des cours d’eau à la recherche d’invertébrés à se mettre sous le bec. Comme son nom l’indique, il est blanc immaculé avec des yeux rouge vif qui lui font son charme, le plus beau rapace du pays pour moi ! Il m’arrive de l’observer, perché au sommet d’un arbre, scrutant l’horizon comme le fétiche du toit de la sorcière Karaba.

Le plus beau rapace du pays selon moi, l'Elanion blanc !

 

Rapace sur le chemin de Compostelle

 

Avant de rejoindre Cahors, j’effectue ma dernière nuit dans cette vallée, bercé par le Grand-duc d’Europe, le plus grand Hibou du monde (Oui ! Il est chez nous le plus grand hibou de la planète !) Malgré la soirée à scruter les corniches et le sommet des arbres, je n’arrive pas à l’observer. Un groupe de chevreuils vient me consoler, commençant par brouter tranquillement aux alentours de ma tente. Puis en pleine nuit, à aboyer sans arrêt à quelques mètres de moi, me réveillant à répétition, en sursaut. Qu’importe, je trouve ça vraiment très amusant et je profite du concert.

Cette partie de mon parcours restera toujours dans un coin de ma tête. Je ne peux que la conseiller aux personnes désireuses de découvrir une nature préservée, où l’Homme a su s’y installer respectueusement. Ses habitants et sa faune s’ouvriront à vous à condition que vous restiez discrets, humbles et attentifs.

Vallée du Célé près de Cahors

 

Auteur :

🇫🇷
membre bloggeur

Martin Costechareire (25 ans)

Pèlerin naturaliste du 11 avril au 31 juillet 2021. Trajet de Vienne (Isère) jusqu'à Finisterra (2070 km) en autonomie complète. Via Podensis (750 km) - GR10 (100 km) - Camino norte (150 km) - Camino olvidado (370 km) - Camino San Salvador (47 km) - Camino personnalisé (140 km) - Camino primitivo (230 km) - Camino Frances (50 km) - Retour Le Puy - Vienne (150 km)

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